Réflexion sur l’euthanasie.

Réflexion sur l’euthanasie.

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C’est à la lecture de cet article qui parle de la pratique de l’euthanasie au Québec, que je me suis demandée quelle était la pratique et la législation belge ? Pour simplifier la réflexion, nous n’aborderons ici que la problématique des chiens.

« Docteur, veuillez euthanasier mon chien ! » Les vétérinaires doivent-ils obéir à cette demande ? C’est la question que pose Dominick Rathwell-Deault dans le cadre de son doctorat à l’Université de Montréal. « Un vétérinaire doit faire face presque quotidiennement à ce dilemme éthique : faut-il acquiescer ou non à la volonté d’un client qui veut se débarrasser de son animal domestique ? », explique-t-elle en entrevue.
Pour y répondre, elle a interrogé 14 vétérinaires de différents âges et distribué un questionnaire aux membres de l’ordre professionnel. L’analyse des entrevues et des 280 réponses obtenues n’est pas complétée, mais la chercheuse peut déjà dire que les professionnels sont divisés sur la question.
« Sur le plan légal, il n’y a guère d’ambiguïté. Au Québec, les vétérinaires peuvent pratiquer ce qu’on appelle l’euthanasie de convenance. Sur le plan moral, c’est une autre histoire. »
Quand on a choisi un métier en fonction de son amour des bêtes et qu’on se retrouve à devoir mettre fin aux jours d’animaux en pleine santé, il arrive que des professionnels soient durement éprouvés émotivement. Incapables de procéder à l’injection fatale, neuf des répondants avaient choisi d’adopter l’animal de leurs clients pour leur sauver la vie. La Dre Rathwell-Deault, qui a pratiqué dans des cliniques d’animaux domestiques pendant six ans, a elle-même « craqué » à plusieurs reprises, ramenant chez elle des chiens qu’elle avait pris en affection. « Mais il y a une limite à ce qu’un vétérinaire puisse faire », concède-t-elle.
Au cours de rencontres semi-dirigées, certains vétérinaires ont confié à la Dre Rathwell-Deault qu’ils refusent systématiquement d’euthanasier sur demande un animal en santé. D’autres l’acceptent pour des raisons commerciales ; ils savent bien que le client insatisfait peut se présenter à la clinique voisine. « Certains m’ont dit que l’important, pour eux, était d’amener leur client à entamer une réflexion, explique la Dre Rathwell-Deault. Ils ne refusent pas de le faire, mais ils veulent que le client ait bien pris le temps de trouver une autre solution. »
La thèse de doctorat en cours porte sur l’évolution des mentalités chez les médecins des animaux. « L’euthanasie de convenance d’un animal de compagnie soulève plusieurs questions d’ordre moral et éthique, écrit-elle dans son résumé. Comment les vétérinaires conceptualisent-ils l’animal, le propriétaire, leur propre rôle face au patient, au propriétaire, à la profession et même à la société ? À qui doivent-ils accorder la priorité des intérêts ? Sur quels arguments moraux se basent-ils ? » Voilà certains des sujets abordés par l’étudiante qui a entamé des études en biologie médicale avant de bifurquer vers la médecine vétérinaire.

Et en Belgique ?

1. Que dit la loi ?

Adoptée le 4 décembre 2015, la Loi 54 visant l’amélioration juridique de l’animal précise dans son premier article que « les animaux ne sont pas des biens. Ils sont des êtres doués de sensibilité et ils ont des impératifs biologiques ».

L’article 12 dit que la personne qui procède à l’euthanasie doit « s’assurer que les circonstances entourant l’acte ainsi que la méthode employée ne soient pas cruelles et qu’elles minimisent la douleur et l’anxiété chez l’animal. La méthode employée doit produire une perte de sensibilité rapide, suivie d’une mort prompte. »

Dans la loi du 14 août 1986 – Loi relative à la protection et au bien-être des animaux (M.B. 03.12.1986), on peut lire :
CHAPITRE Ier. – Buts – Définitions.
Article 1er. [Nul ne peut se livrer, sauf pour des raisons de force majeure, à des actes non visés par la présente loi, qui ont pour conséquence de faire périr sans nécessité un animal ou de lui causer sans nécessité des lésions, mutilations, douleurs ou souffrances.] Voilà c’est tout c’est bref !

2. Que dit l’ordre des vétérinaires ?

J’ai consulté leur site tous sens. Au sujet de l’euthanasie, il est juste précisé que seul un vétérinaire peut la pratiquer. Rien sur l’euthanasie d’un chien en bonne santé ?!
Pas de réflexion sur le dilemme moral de l’euthanasie de circonstance…
Un vétérinaire soigne les animaux soit, mais c’est avec l’humain qu’il transige… Si certains clients sont prêts à revoir leur décision à la lumière des propos tenus par le clinicien, d’autres sont imperméables aux arguments éthiques. Il arrive même que des animaux soient abandonnés à leur sort à l’entrée du cabinet ou de la clinique. Le personnel doit comprendre qu’ils sont condamnés.

3. Euthanasie d’un animal en bonne santé : quel est le rôle du vétérinaire ?

Il est évident que la seule personne habilitée à pratiquer ce geste se doit d’être un vétérinaire. En effet, au dire de la loi il faut une nécessité pour mettre un terme à la vie d’un chien.

L’euthanasie de convenance peut poser des difficultés au regard de l’application de cet article. Et ce, puisque la seule raison d’y procéder repose sur la volonté du maître de se débarrasser de son animal et non sur une nécessité médicale pour ce dernier ou pour toute autre cause justifiée (cas des chiens dangereux ou problème de santé publique). C’est pourquoi, l’enjeu est considérable et qu’il convient de s’interroger sur le rôle du vétérinaire pour éviter tout engagement de sa responsabilité.

La plupart d’entre eux refusent de pratiquer l’euthanasie d’un animal en bonne santé. Leur refus ne peut leur être reproché au nom de leur profession qui repose sur le respect de l’animal. De plus, chaque vétérinaire est responsable de ses décisions et de ses actes. En d’autres termes, la loi n’impose pas au vétérinaire de répondre par l’affirmative ou par la négative à cette demande. Cependant, il est susceptible de mettre en jeu sa responsabilité en cas de litige. C’est pourquoi, il est nécessaire de prendre un certain nombre de précautions
Le refus ne peut être attaqué par le propriétaire dès lors qu’il existe d’autres alternatives pour l’animal. Le vétérinaire est un acteur essentiel, voire le premier acteur, dans la protection du bien-être animal. Ses décisions doivent se prendre en son respect, conformément à la loi du 4 décembre 2015 reconnaissant la qualité d’être vivant doué de sensibilité à l’animal.

La pyramide de Maslow détermine les cinq besoins du bien-être animal qui doivent être respectés : être libre de pouvoir manger et boire, être exempt de douleur, de blessure ou de maladie, être dans le confort, être exempt de peur et de stress et pouvoir adopter son comportement naturel. Dès lors que l’un de ces points n’est possible, l’euthanasie devient envisageable pour répondre au bien-être animal. Or, dans le cadre d’une euthanasie de convenance, ce n’est pas directement l’un de ces cinq besoins qui fait défaut mais plutôt la volonté du propriétaire de garder l’animal.

En effet, les causes d’une telle demande sont diverses (changements sociaux ou géographiques impliquant trop de contraintes, absence de volonté de s’occuper de l’animal, etc.) mais toutes ont en commun la prédominance du confort personnel du propriétaire avec un attachement quasi-absent à l’animal. Le vétérinaire ne peut répondre positivement à cette demande à la légère sous peine d’engager sa responsabilité. Il doit rechercher une alternative, notamment en essayant de placer l’animal chez un particulier ou dans un refuge.

Il doit aussi, dans la mesure du possible, s’assurer de la volonté réelle et réfléchie du propriétaire par rapport à son choix. Une fois la réflexion bien posée avec lui et l’impossibilité pour le vétérinaire de trouver une alternative, la décision revient discrétionnairement au praticien.

Cependant, son refus peut s’avérer indirectement en conflit avec le bien-être animal puisque le risque futur est que le propriétaire décide de se débarrasser de son animal autrement, notamment par abandon (générateur de stress et d’angoisse pour l’animal) ou par noyade (occasionnant une mort douloureuse) ou autre procédé néfaste pour l’animal. Si l’issue semble inéluctablement négative pour l’animal, dans ce cas, l’euthanasie lui permet de partir tranquillement et sans souffrance. Et ne nous voulons pas la face, certains praticiens pensent d’abord à leurs rentrées financières…et se dédouane par un « si ce n’est pas moi, …un confrère aurait accepté… » Mouais ☹

Conclusions 

Quoi qu’il en soit, il est difficile de poser des règles juridiques fermement dans un sens ou dans l’autre quant à l’interdiction ou la légalité de l’euthanasie de convenance. La légitimité de l’acte ne peut que reposer sur la conscience professionnelle du vétérinaire. Ce dernier étant le garant du bien-être animal, il doit prendre ses décisions conformément à la qualité d’être vivant doué de sensibilité.
Mettre fin à la vie d’un animal n’est pas anodin et sans conséquence morale pour le vétérinaire qui, à l’origine, choisit ce métier pour sauver des vies animales. Par conséquent, lui seul est en mesure de dicter sa propre conduite.

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